Un essai de synthèse des lectures des articles de philosophie magazine durant la période du confinement

Sylvie Sanchez-Oliver
Membre de l’atelier lectures associées pour le Grep

Dès le départ nos lectures des articles de philosophie magazine m’ont permis de prendre conscience de la différence entre le politique et la politique avec l’article de Marcel Gauchet.

1- Le politique qui permet de mettre en place le confinement pour protéger la population car c’est

«ce qui assure l’existence et la permanence d’une communauté, d’une règle collective qui s’impose à tous parce qu’elle engage la vie et la mort de chaque membre. ».

2- La politique qui concerne plutôt les décisions actuelles prises par les gouvernants et le vote des citoyens.

«  À cet égard, le cafouillage sur le maintien ou non des élections municipales a entretenu le plus grand quiproquo. Les élections municipales relèvent de la politique au sens le plus trivial du mot : qui a gagné ou perdu les élections ? Mais la vérité, c’est que, dans le contexte, tout le monde s’en moque. C’est dérisoire au regard de la survie du collectif. »

Cela voudrait-il dire que le libéralisme serait mort en ces temps de crise ?

« La mondialisation libérale est morte au sens où  le principe selon lequel « le doux commerce » réglerait tous les problèmes est caduc. La nécessité d’un raisonnement stratégique s’impose à l’échelle de toutes les communautés constituées. On a besoin d’un nouveau logiciel politique. »

Non ce n’est pas ce que veut dire le philosophe, il parle de « mondialisation libérale » ou de «  doux commerce » et non de libéralisme individuel. Autrement dit ce commerce que l’on croyait capable de pacifier les relations humaines, avec la pensée moderne de Kant se révèle porteur de risques fatals pour l’humanité.

Que nous reste-t-il à faire ? 

Bruno Latour nous propose d’

« Imaginer les gestes-barrières contre le retour à la production d’avant-crise ».

Pour que le monde ne soit plus dominé par les « globalisateurs » 

« N’oublions pas, en effet, que l’on doit faire l’hypothèse que ces globalisateurs sont conscients de la mutation écologique et que tous leurs efforts, depuis cinquante ans, consistent en même temps à nier l’importance du changement climatique, mais aussi à échapper à ses conséquences en constituant des bastions fortifiés de privilèges qui doivent rester inaccessibles à tous ceux qu’il va bien falloir laisser en plan. »

Le libéralisme produit aussi des comportements cyniques et prêts à tout pour contourner l’aspect démocratique du libéralisme occidental, c’est à dire l’importance du collectif.

Comment renouer avec celui ci ?

Dans son raisonnement c’est parce que nous sommes dans un régime libéral que nous pouvons choisir de changer les choses, nous engager et réfléchir à ce que nous voudrions changer. C’est dans cette perspective : l’action citoyenne individuelle, libérale, que Bruno Latour nous propose un questionnaire auquel réfléchir pour éviter le retour du «  système de production globalisé » Il rejoint Marcel Gauchet qui prédit la fin de la mondialisation libérale, lui aussi.

Cependant je me suis demandée si le fait que la mondialisation libérale s’achève ne prédisposerait-il pas nos systèmes démocratiques libéraux au renfermement ?

C’est l’idée que soutient Byung-chul-han

« Pour contrecarrer toute menace à notre survie, nous sommes prêts à sacrifier, volontairement, tout ce qui donne de la valeur à la vie. (…) Telle est la variante libérale du camp, dans lequel règne la vie nue. Le camp de travail s’appelle désormais télétravail, et ne se distingue des camps de travail du passé que par l’idéologie de la santé et de la survie qui le soutient. »

Nous choisissons de protéger nos vies et ce choix se retourne contre nous car il nous enferme dans la survie, nous oublions de vivre pour cause de protection de notre santé.

Est-ce l’unique façon de voir les choses ?

En lisant Cynthia Fleury, je me suis trouvée devant deux acceptions du confinement.

1- La première cette de Byung chul han, qui demande : «  L’Occident sera-t-il contraint par le choc pandémique à renoncer à ses principes libéraux ? Sommes-nous menacés par un tel régime biopolitique de quarantaine qui restreindrait durablement nos libertés ? La Chine est-elle l’avenir de l’Europe ? »

2- La deuxième, celle de Cynthia Fleury qui propose de développer une société du care : c’est une société dans laquelle l’autre est important, il est reconnu, nous en sommes solidaires, et responsables, le soin devient une question politique.

« Toute la société du patriarcat, pendant longtemps, a considéré que le Care existait, mais que c’était du domaine de la dimension non monétaire, non publique, dévolue aux pénates, aux femmes, éventuellement à la religion ou à la philanthropie des uns et des autres. Et puis, petit à petit, avec la naissance de l’État social, on a considéré que cette question n’avait pas à être privatisée, qu’elle n’avait pas à être féminisée, qu’elle n’avait pas à être naturalisée ou donnée à la religion. Que cette question était politique. »

En conclusion il me semble que la position de Byung chul han est une position abstraite car d’un côté il dénonce le libéralisme comme responsable de déshumanisation et de l’autre il relie celui ci à la dictature chinoise en montrant les points communs entre les deux : l’idéologie qui contraint l’individu au sacrifice de sa liberté. Il oublie les différences qui nous permettent aujourd’hui de discuter sur ces textes : la liberté d’expression.

D’autre part, la question que je me pose est la suivante : comment se fait-il que lorsque l’on aborde les problèmes du soin, du care, du respect de l’autre et des actions que ces données impliquent au niveau politique on est immédiatement renvoyés au risque de suppression de nos libertés ? Est-ce parce que nous sommes soumis à « une vision héroïque » pourrait-on dire de la liberté ? Cette liberté serait un choix égocentrique et/ou individualiste contre l’état ?

Il faudrait alors nous interroger à propos des décisions que nous devons nécessairement prendre si nous voulons faire face à la crise écologique qui se profile.

Doivent-elles s’appuyer sur l’importance du lien avec autrui au sens social et écologique du terme, autrui étant aussi le vivant en général ou bien doivent-elles s’appuyer sur le primat de la liberté individuelle dans un face à face contre l’état au risque de menacer le politique.

 

Publié le 17 juin 2020, dans Non classé. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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