Le Régime Climatique Onusien et les nouveaux outils de coopération internationale

Je commence par rappeler qu’il y aura prochainement à Toulouse, trois conférences sur la gouvernance du Climat, penser atténuation, et plus largement sur l’adaptation au changement climatique, ce qui veut dire se préoccuper aussi de la faim dans le monde, la transition énergétique, le manque d’eau, les problèmes de santé publique …. Car les deux aspects sont intimement liés, n’en déplaise à ceux qui ne voient dans le « climat » que des problèmes d’écolos en short et nu-pieds.

– Salle du Sénéchal le lundi 12 octobre à 20h : « Gouverner le climat : fiction ou impératif ? Que peut-on espérer de la COP21 de décembre à Paris ? » Intervenant Amy Dahan-Dalmedico.

– Salle Coriolis, Observatoire MP 14 av. Belin Toulouse le mardi 13 octobre à 11h : « Les relations entre science et politique dans le régime climatique » Intervenant Amy Dahan-Dalmedico.

– Salle du Conseil Régional le jeudi 12 novembre à 18h : conférence de Jean-Charles Hourcade économiste et Marie-Noël de Visscher du CIRAD de Montpellier, suivi de débats avec des associations citoyennes et l’animation du GREP.

Un mot d’abord sur l’état des lieux de la gouvernance Onusienne. Depuis 20 ans environ, nous avons un enchainement de conférences sur le climat de la communauté internationale sous l’égide de l’ONU, accompagné de négociations sans fin. Elles donnent une image rassurante : « notre avenir est en bonnes mains ». Mais d’un autre côté, nous avons l’image du monde réel et sommes obligés de constater une exploitation toujours plus forcenée des ressources d’énergies fossiles et une concurrence économique mondiale de plus en plus féroce. Force est de constater que les négociations climatiques n’ont pas eu d’effet mesurable sur le climat, l’apport annuel de GES augmente régulièrement (il est actuellement de l’ordre de 40Gt/an) et le taux de CO2 dans l’atmosphère atteint le chiffre record de 400ppm. C’est ce qu’Amy Dahan et Stefan Aykut appellent le « Schisme de Réalité » (cf. conférences 1 et 2 et l’ouvrage « Gouverner le climat ? 20 ans de négociations internationales » SciencesPo. Les Presses).

Jusqu’à présent, sous le protocole de Kyoto, un processus « du haut vers le bas » établissait au sommet des règles de quota global Carbone à répartir sur l’ensemble des Parties (195 nations ONU). Il faut ajouter des mécanismes flexibles dont le principal est la possibilité d’achat et de vente de quotas d’émission entre pays afin de diminuer le coût global de l’atténuation. Le défaut principal de cette grammaire de marché est d’introduire des quotas excédentaires qui font chuter les prix et permettent aux pays pollueurs d’atteindre leurs objectifs Kyoto au moindre coût, sans investir dans les techniques bas carbone. A l’heure actuelle le coût de la tonne de CO2 est de l’ordre de 10€. Ce qui est beaucoup trop faible (voir à ce sujet l’analyse de Ch. Gollier dans les débats GREP, afin de rendre compétitives les énergies renouvelables, il faudrait mettre un prix de la tonne de CO2 de l’ordre de 50€ minimum).

Est-ce que la COP 21 à Paris peut apporter le renouveau espéré ? Eh bien, il faut dire qu’il y a un changement d’importance c’est le processus des INDCs (pour Intended Nationally Determined Contributions) qui repose sur les engagements volontaires et responsables de l’ensemble des Nations ou Parties. On passe d’un processus dicté d’en haut à des contributions nationales « par le bas ». A l’heure actuelle 120 pays sur 195 ont déposé leur INDC dont l’Europe, les Etats-Unis, la Chine, le Brésil, l’Inde, la Russie etc..Ne manquent que les pays du Golfe, certains pays Africains, le Venezuela …Le plus c’est l’appropriation nationale de l’agenda climatique. Ce n’est plus le marché des quotas de CO2 (chose pour le moins abstraite) qui dicte sa loi, mais on revient à des décisions politiques, on parle de la mise en œuvre d’efficacité énergétique, d’énergie renouvelable, d’ajustement des taxes pour la baisse des énergies fossiles, lesquels sujets sont beaucoup plus intéressants et compréhensibles.

Ne nous leurrons pas, les INDCs ne vont pas tout résoudre. Mais ils sont un signal fort aux investisseurs, au public, pour engendrer la dynamique nécessaire. Nous ne sommes plus aujourd’hui, sans savoir qu’il peut y avoir une approche polycentrique et un changement d’échelle pour le climat. Il y a d’autres niveaux d’action, les Régions, les villes (en exemple les villes américaines de Los Angeles, Houston, Seattle, Miami, Atlanta, certaines villes de Chine afin de lutter contre la pollution, les états de Californie…) il est possible aussi de faire des citoyens les acteurs de la transition énergétique (en Allemagne il existe des milliers de coopératives énergétiques citoyennes, en France aussi mais tellement plus timides). Les Universités font une vaste campagne de désinvestissement de l’argent placé dans les compagnies minières ou pétrolières.

C’est cet ensemble d’engagements qui peut être déterminant pour une stratégie de développement faible en carbone

Pour terminer, en un mot c’est le retour du politique, terme honni au GREP MP et que j’utilise, quant à moi, avec force et grand plaisir.

PS : Et la Mairie de Toulouse que fait-elle pour participer à cette dynamique ? Pas d’information, pas d’affichage de soutien, pas de projet urbanisme ou de transport en rapport avec le climat. Silence assourdissant !

À propos de andrefert

Professeur de Physique retraité et GREP

Publié le 13 octobre 2015, dans Climat. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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